Les troubles du comportement selon Chicoine

mardi, janvier 28, 2014

Un enfant adopté est différent d’un autre enfant, avec un mode de fonctionnement de son cerveau différent. Il a connu au minimum une blessure car la voix maternelle qu’il a connue in-utéro a disparu et a été remplacée par la voix d’une ou de plusieurs nourrices. Par conséquent, tous les enfants adoptés sont blessés… oui mais pas forcément traumatisés.

La conférence du Docteur Chicoine a permis de comprendre les troubles du comportement ; conséquences qui peuvent survenir à cette blessure et/ou au traumatisme de l’abandon. Mais elle a aussi permis de connaître les outils que le parent adoptif peut utiliser pour enrayer ces troubles et réguler le rythme affectif de l’enfant et son rapport à l’extérieur.

 Les troubles du comportement

Plus l’enfant a vécu de blessures, plus l’enfant va se représenter une image négative des adultes qu’il considérera comme « corrects », « pas gentils » ou même « dangereux ». Il va se dire que son métier, c’est de survivre, et il y a de fortes chances pour qu’il cherche à se débrouiller seul par manque de confiance en l’adulte. Il y a là un problème de sécurité affective (on parle bien de sécurité affective et non pas d’amour) que les parents adoptifs doivent tenter de redonner à leur enfant.
Dans certains cas la malnutrition et/ou les soins négligents, dans d’autres le délai administratif pour adopter un enfant ; tout cela crée une cassure dans le psychisme de l’enfant qui va dès les premiers mois de son existence se faire une idée du monde extérieur.
En effet, de 0 à 6 mois, les facteurs de souffrances s’inscrivent dans le cerveau et l’enfant développe ses sens comme la vue, l’ouïe, le toucher mais il est aussi à l’âge où il devrait développer les sens du système vestibulaire propre à l’équilibre et du système proprioceptif propre à l’utilisation de ses membres.
Un enfant qui n’a pas été porté ou qui a subi des négligences, ne peut pas développer ses sens correctement. Ses expériences avec le monde extérieur vont être mémorisées par son hippocampe qui va alors donner des informations à son amygdale cérébrale qui est chargée de décharger l’hormone de stress en fonction des événements. Pour les enfants adoptés, cette amygdale cérébrale ne fonctionne pas/plus de manière raisonnée d’où des comportements particuliers avec l’environnement extérieur et des tonalités affectives spécifiques.

Les outils du parent adoptif

Le travail du parent adoptif, c’est de retrouver la nature de l’enfant, celle qu’il avait à sa conception avant les agressions de la vie (aussi bien une fois né que in-utéro). C’est de l’aider à se rapproprier ses sens afin de moduler la perception du monde extérieur de l’enfant et de le réinscrire dans une relation de confiance. Pour ce faire, le parent adoptif a deux outils : La nourriture affective et la structure.

Comment nourrir un enfant affectivement ?

1. En inscrivant la confiance au programme de la vie de famille et ce, du matin au soir !
Il faut donc
  • bercer l’enfant
  • lui répéter qu’on l’aime en le regardant dans les yeux
  • lui dire qu’on lui fait des faveurs
  • lui dire qu’on ne l’abandonnera jamais
  • le ramasser quand il tombe
  • lui rappeler qu’on doit être en relation de confiance
  • lui offrir de sont temps, et particulièrement au retour du travail ou à la sortie de l’école ou de la crèche.
  • ne pas qualifier l’enfant mais plutôt son comportement
  • lui parler doucement même pour dire qu’on aime pas son comportement
  • ne tolérer aucune crise
  • rester calme même en situation de crise
  • se mettre à la hauteur de l’enfant et le toucher
  • répéter à l’enfant qu’on l’aime en situation de crise ou lorsque l’on donne un ordre
  • donner des ordres clairs et compréhensibles par l’enfant
  • offrir des choix d’action et de réparation à l’enfant
  • éviter l’humiliation
  • NE JAMAIS METTRE UN ENFANT SEUL DANS SA CHAMBRE OU AU COIN PAR PUNITION
  • NE JAMAIS TAPER UN ENFANT ADOPTÉ
  • être prêt à passer du temps pour apporter de la structure

2. En se rappelant qu’un enfant adopté a déjà la culpabilité intériorisée.
3. En oubliant notre fatigue et en aimant inconditionnellement notre enfant 

Comment apporter de la structure ?

Les enfants fortement blessés vont tenter de diriger les maisons car ils n’ont pas confiance en la capacité d’actions des adultes. Il faut leur montrer que les adultes peuvent les prendre en charge et surtout bien les prendre en charge.
Il faut donc
Quand intervenir pour des troubles de comportement ?

De 8-9 mois à 15 mois, l’enfant va activer sa confiance sélective pour un papa et une maman, d’où l’importance d’être disponible. Il faut de manière générale suivre le comportement de l’enfant.
Si un enfant est agressif à 4 ans, il faut intervenir et utiliser la nourriture affective et la structure. Il faut surtout ne pas hésiter à prendre de l’aide auprès d’un psychomotricien et proposer un choix clair à l’enfant pour chaque crise. On peut enrayer le cercle vicieux du manque de confiance amenant à une mésestime de soi, à une socialisation retardée et se traduisant par des crises comportementales.
Sans intervention, les comportements de l’enfant vont se répéter et s’amplifier si on n’intervient pas. L’enfant reproduira toujours la même réaction envers des publics différents et de manière générale, un comportement colérique s’amplifiera par de la violence, un comportement anxieux s’amplifiera par de la dépression et un comportement fuyant s’amplifiera par des problèmes de solitude.
Grâce à une relation sécure, aux dialogues de confiance avec les parents, à la nourriture affective et grâce à la structure, l’enfant pourra être capable d’empathie cognitive et affective (sauf si pathologies révélées comme le syndrome d’alcoolisation fœtale, une malformation mentale ou autre..)

Cela fut d’ailleurs confirmé lors de la dernière heure d’intervention réservée aux questions de l’auditoire, pendant laquelle Docteur Chicoine a expliqué le traumatisme grand T. qui amplifie les problèmes comportementaux de l’enfant. Là encore, la relation sécure et le dialogue sont les clés. Il faut absolument parler du traumatisme vécu avec son enfant, de manière très claire.

En conclusion, un enfant adopté est différent d’un autre enfant. C'est un enfant à qui il faut accorder beaucoup de temps et d’attention. Il faut parfois accepter de refuser d’adopter si on est incapable ou si on manque de temps pour adopter les souffrances de l’enfant car tous les enfants adoptés sont blessés. Mais une fois dans la famille d’adoption, le parcours n’est pas vain et la blessure de l’enfant peut ne pas se transformer en traumatisme. Sécuriser un enfant affectivement peut prendre du temps, plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs années et peut-être au moins jusqu’aux 24 ans de l’enfant, quand le cerveau finit son travail de sélection des meilleurs neurones.

Alors parents adoptifs, armez-vous de patience...

Source : EFA13

You Might Also Like

2 commentaires

  1. J 'ai eu l'occasion d'aller a une de ses conférence.
    J y ai trainé mon mari qui n'était pas très motivé.
    C'etait super..on en est sorti grandi…, on a compris plein de choses, vu que l'on avait surement fait des erreurs. Non seulement ces conférences sont super intéressantes, mais c'est un bel orateur..

    RépondreSupprimer
  2. Oui j’ajouterais que je prononce pas « adopté » afin que notre enfant ne se présente pas encore à l’âge adulte en tant qu’adopté ! J’ai toujours utilisé le phrase « nous sommes parents par adoption, notre enfant est arrivé par l’adoption. L’enfant arrive sans sa nouvelle famille par un processus (procédure d’adoption) et ce n’est pas sa caractéristique « intrinsèque ». ce qui n’enlève en rien, la préoccupation de ses besoins spécifiques… Comme très bien expliqué ici, merci pour tous ces partages c

    RépondreSupprimer

Votre réaction !

Chapati sur Instagram