Les mots et la lionne

mardi, mars 11, 2014

Je réalise que depuis que nous sommes dans ce projet d'adoption certains mots sont entrés dans notre vocabulaire courant.
Je ne parle pas du jargon administratif lié à la procédure, de type agrément, apparentement, adoptant, OAA, procédure, PV d'abandon, plénière, etc. Mais plutôt de mots assez communs que nous n'avions pas l'habitude d'employer au quotidien, comme cheminer, parcours, attachement, biologique, attente, origine, velcro, sumo...
Des mots qui, au fil du temps, se sont de plus en plus chargés émotionnellement.

Je réalise aussi que nous faisons très attention aux mots que notre entourage emploie lorsqu'il aborde le sujet... Nous sommes devenus hypersensibles à la terminologie choisie par autrui pour qualifier notre aventure ou désigner nos enfants. Certains mots nous touchent, d'autres nous heurtent.
Le choix de tel ou tel mot est pour nous un indicateur du degré de compréhension qu'ont les gens à la fois de notre situation particulière et de la question de l'adoption en général.

Parfois aussi nous imaginons les mots que nous entendrons peut-être plus tard tels que vrais parents, faux parents, blancs, noires, prix, exploitation, bonne action... Pour l'instant nous préférons nous dire que ces mots ne nous atteindrons pas, que nous serons plus forts. Mais je doute qu'ils nous laisseront insensibles...

Les mots ont un réel pouvoir. Je le sais depuis longtemps. Mais en devenant maman, ce pouvoir m'apparaît plus fort encore. Je sens se réveiller en moi la force d'une lionne prête à défendre ses petits contre toutes les agressions...

Et en particulier celle des mots.

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11 commentaires

  1. Ton message me rejoint beaucoup, je trouve aussi que depuis que nous sommes en processus d'adoption certain mot on prit beaucoup d'importance...

    Je t'embrasse

    Manon

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  2. Ton analyse est très juste quand tu parles d'indicateur de degré de compréhension...
    Pourtant concernant blanc et noir, cela ne me semble pas de mauvais mots, "blanc/noir" ou "beige/marron", quelle importance... cela dépend aussi du ton employé par la personne je pense, bien sûr si elle pince du bec c'est évident qu'elle n'a rien compris !
    C'est comme "courage", nous l'employons souvent pendant la procédure, comme on emploie patience parce-qu'il en faut pour affronter l'attente, parce-que l'on souffre, c'est difficile d'attendre ses petits si loin avec juste quelques photos, mais quand quelqu'un vient vous dire, "c'est courageux ce que vous faites", berk ! alors là cela prend un tout autre sens....
    Cat
    Pour l'anecdote, je me souviens pendant notre attente de Rachel, une personne me disait souvent
    "c'est courageux ce que tu fais, c'est un beau geste".. Ca m'agaçait tellement qu'un jour j'ai fini par répondre crûment : quand tu étais sur madame entrain de lui faire son affaire, est-ce que tu t'es dit : "Aahhh !! c'est beau ce que je suis en train de faire ! "???. C'était osé comme propos mais il ne m'a plus enquiquinée avec çà.

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  3. Oui, c'est vrai que le ton et le contexte feront souvent la différence...

    biZEU

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  4. Oui, je partage totalement et la question qui revient trop souvent : "et vous connaissez leur histoire ? » et je réponds : » toute famille a son histoire, et c’est leur histoire, cela leur appartient ! J'ai carrément fait un petit carnet de phrases "prêtes à l'emploi" que je complète au fur et à mesure ! L'avantage, nous avons avec mon mari, les mêmes réponses et on se détache de l'émotion des mots !

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  5. Bonne idée ce petit carnet !

    ;)

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  6. Et les regards... nous étions au ski et ne passions pas inaperçus.Ca devait étre à cause de sa combi rouge?
    Tu as raison sur les mots tout dépend du ton.
    Bises
    Marie

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  7. Effectivement, les mot, les regards, la façon de dire ou regarder...en fait, chez nous, il n'y a que maman qui y a prêté attention et seulement la premère année, ensuite j'ai pris la "politique" de papa: si notre fille n'est pas touchée, laisse courrir et profite de notre présent tant attendu et espéré... Même si parfois ça monte quand même au nez du genre quand une collègue te dit: "ta fille, tu l'aime comme ta fille? en même tps, tu peux pas savoir puisque tu n'as pas d'enfant!" Euh, SI SI, comme tu dis au début, j'au une fille! Et perso, j'ai surtout du mal avec ceux qui nous disent "c'est merveilleux, c'est beau ce que vous avez fait pour elle!", du coup, je répond qu'on a pas fait d'humanitaire, qu'au final on l'a fait pour nous et que c'est bien elle, notre merveille qui nous a sauvé... Mais c'est important les réponses préparées et je suis malgré tout une pro du regard qui les remets à leur place: à savoir, aucune dans notre vie et donc qui n'ont pas de commentaires à faire!
    Je te souhaite de serrer vite tes filles dans tes bras, dans vos bras.
    Angelique

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  8. Oui les mots utilisés sont parfois choquants, j'en suis parfois scandalisée, parfois résignée... tout dépend du ton mais aussi de notre chemin de vie, de notre "humeur". Ex : conversation avec Beau-papa,et là bingo!! il a utilisé le mot "vrais" parents pour les parents de naissance... il se reprend aussitôt. Merde c'est Beau-papa, quoi! d'autant avec sa propre histoire particulière...il ne devrait pas!!!! Finalement je ne lui en veux pas, manque de vocabulaire, manque d'habitude, maladresse, eux aussi ont besoin de temps pour cheminer. L'essentiel, c'est que nos proches cheminent eux aussi, et que nos enfants n'en souffrent pas.
    Et en montrant à mes enfants que ça ne me choque pas, je pense (j'espère) leur montrer qu'on peut assumer, sans se révolter, voire même blaguer sur le sujet!
    Les autres? c'est une autre histoire...une histoire de lionne ;-)
    Le seul mot qui me fait réellement tilt? adoption. Présente-moi une page entière où il est écrit, je te le trouve en 2sec chrono, même s'il ne traite pas du sujet d'adoption!!
    Bon courage pour cette interminable attente...
    Atchoumette

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  9. C'est un sujet qui me fait tilt. Ça ne fait que 6 mois que ma merveille est arrivée et j'avoue que je me trouve bien timide et pas aussi lionne que j'aimerais ... un peu déçue de mon manque de répartie. Je n'ai pas eu de commentaires vraiment mauvais mais plus des petites questions, des indiscrétions du style " as-t-elle des freres et soeurs ? .." J'ai beau me préparer, je balbutie toujours, interloquée par certaines questions très personnelles. J'espere que je vais améliorer ma technique ;)
    Plein de bonnes ondes vers votre famille

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  10. Je n'ai croisé que maladresse et ignorance, jamais malveillance.
    Quant aux regards, je me surprends souvent à dévisager les familles "différentes" parce que les trouve toujours bien belles! Et je me dis à moi-même que c'est un peu malpoli!
    En tout cas, avec le temps passé post-adoption, on devient de moins en moins sensible à tout ça et on finit par ne plus y penser du tout.

    Mais pareil, au départ, j'étais hyper sensible à ces mots (finalement, comme quand on est enceinte, on est hyper sensible à tout ce qui tourne autour du bébé, de la grossesse...)

    Sauf que l'attente est vraiment péniblement désespérément trop longue pour nous et nos enfants tout là-bas!!!

    Anne (maman de Shreelekha, bientôt 12 ans et bientôt ici depuis 4 ans, attendue 15 mois trop longs)

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  11. Bonsoir,
    Je rejoins tout à fait le message d'Anne… Au bout d'un moment de vie de famille on occulte totalement les regards et on ne se sent plus bousculé par les maladresses de langage. Je suppose que c’est le moment où on se sent davantage famille tout court que famille adoptive, où on est totalement certains de la force et de la légitimité de nos liens… Les mots indélicats sont finalement plutôt rares (ma guerrière a bien plus souvent de remarque sur sa considérable énergie que sur son adoption) et une petite mise au point, de préférence sur le mode de l’humour, suffit en général. Notre vocabulaire très spécifique du monde de l'adoption n'est pas celui de tout le monde, à nous de le distiller dans notre entourage sans forcément monter au créneau !
    En revanche, je reste toujours sensible aux mots de nos proches, qui bien que très bienveillants et aimants, et même au bout de tout ce temps n’ont pas fait le même chemin que nous. Mais ceux qui me font vraiment encore rugir ce sont les mots qui blessent ma fille dans la cour de récré !
    Je vous souhaite d’arriver très bientôt au bout de cette longue attente…
    Aline

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