Maman

dimanche, mai 25, 2014

Comme j'aimerais que des mains d'enfant me tendent avec fébrilité de jolis paquets en murmurant "Bonne Fête Maman". Comme j'aimerais m'émerveiller devant des colliers de nouilles bariolés ou des boîtes de camemberts pailletées bien kitch. Comme j'aimerais encadrer fièrement leurs dessins multicolores dans toutes les pièces de l'appartement...

J'ai cru un temps que ma vie se ferait sans maternité. Que les seuls enfants que je pourrais aimer seraient ceux des autres. Je m'étais même habituée à cette idée. Je m'étais convaincue que c'était bien ainsi, qu'il y avait d'autres manières de réussir sa vie que la parentalité. 

Je me mentais. 

J'essayais de refouler ce besoin qui était pourtant profondément ancré en moi, ce désir brûlant d'être mère et de fonder une famille. Je me persuadais que je pouvais m'épanouir autrement et me perdais dans ce terrible exercice d'auto-persuasion. Je tentais vainement de dissimuler ma souffrance, mon manque. Je m'inventais des bonheurs factices.

Et puis il y a eu ce voyage en Inde. 

Cette question omniprésente " Do you have children ?" et ce regard mêlé de déception et d'incompréhension à notre réponse. Puis cette visite dans un orphelinat, qui a tout déclenché. Etrangement, c'est la veille de la visite que j'avais eu une nuit blanche. Je pressentais que cette démarche allait me bouleverser et changer le cours du voyage et surtout de notre vie. Je savais qu'elle allait me mettre face à mon désir et qu'il n'y aurait plus moyen de l'évincer.

En quittant l'orphelinat, nous sommes restés très longtemps silencieux dans le taxi qui nous menait vers notre prochaine destination. Un torrent de larmes invisibles s'est déversé en moi. Je savais que je ne pourrais plus me mentir sur mon désir d'enfant.

Pendant ces 15 mois d'apparentement, j'ai tenté de trouver ce difficile équilibre entre projection et protection. Je me suis sentie mère sans me l'autoriser vraiment. J'ai lutté contre la peur que ce projet n'aboutisse pas, contre l'idée que peut-être, en effet, mon destin était ailleurs. 

Il y a quelques jours, j'ai croisé une mère et sa fillette, toutes les deux "de couleur". 
Un détail m'a happée : la petite main de l'enfant dans celle de sa mère. J'ai eu instantanément la sensation très forte, épidermique, que ma main elle aussi tenait une main d'enfant. J'ai senti cette présence physique de tout mon corps. Puis cette sensation s'est doucement évanouie.

Aujourd'hui, il y a encore beaucoup d'incertitudes sur les chances de voir notre projet prendre vie. Et encore beaucoup de prudence de notre part lorsque nous évoquons "nos enfants".

Mais une chose est sûre. Irréfutable. Violente. Profonde. Déroutante. Engageante. Inébranlable.

Mon désir de devenir "Maman".


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7 commentaires

  1. C'est exactement tout cela, cette journée, elle résonne dans mon cœur de maman... gardez confiance dans le câble Wi-Fi qui relie votre amour de maman à votre enfant ! Maman en attente depuis 20 mois ses enfants du Congo et encore pour des mois d'attente avec la chance d'être maman ! Même si ce temps est long, toujours trop long, nous avons la chance d'attendre avec une photo, un sourire en tête... je pense très fort à toutes les mamans en devenir qui attendent depuis des mois, des années sans connaître encore le visage de leur enfant !!

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  2. Je pense su effectivemrnt que nous avobs une chance inouie de pouvoir nous raccrocher â 2 visages sur papier glacé ou pas.... et meme si noys devons attendre encore et encore des mois, nous sommes très chanceuses car nous sommes maman dans nos coeurs, nos corps... alors oui aujourd hui plus qu hier nous aurions tellement attendus le bruit de leurs petits pas sur le plancher meme si c etait un peu tot pour un dimanche matin et entendre ces quelques mots d amour tellement attendus....
    Un jour.... nous les entendrons et pas que ce jour des fetes des meres...

    Courage et gros bisous

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  3. Quelle belle justesse dans tes mots... Cela me bouleverse. Pour moi tu es déjà une maman, tu as la voix douce d'une maman, le sourire bienveillant d'une maman, le coeur d'une maman... Un coeur GROS ! Gros d'émotion mais surtout gros d'espoir.
    Plein de bisous à toi
    Léo

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  4. Merci Eléonore ! Tes mots me touchent.

    Je rêve de ce jour où nous pique-niquerons tous ensemble au Jardin des Plantes... Nous bavarderons entre parents tout en regardant avec amour nos enfants qui joueront à côté de nous. Le soleil sera de la fête, c'est sûr. Et ce sera délicieux.

    b

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  5. Comme c'est touchant ce que tu as écrit, chaque petit mot me rejoint complètement ♥ J'espère de tout mon coeur que très vite tu pourras prendre dans tes bras tes adorables petite puces d'amours ♥♥

    Je t'embrasse fort

    Manon

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  6. Béa, tu décris tellement bien nos émotions....
    Tes filles sont dans ton coeur et dans celui d Armand et bientot, elles seront la à jouer avec le chat ou le minuteur ;-)
    Bises de nous 3 et à samedi
    Marie qui passe le temps devant la chambre du loulou qui ne veut pas s endormir

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  7. On y croit fort ici ! pour vous et les autres parents de RDC ...

    Vous êtes déjà parents il n'y a plus qu'à "transformer" comme on dit par chez nous en ce moment.

    Bizzzzzz

    Helene maman d'un petit loup d'Ethiopie

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