Faire le deuil

vendredi, juin 12, 2015

Par moments je rêve encore.

Ou plutôt je voudrais me dire que j'ai rêvé. Me réveiller et réaliser que tous ces derniers mois n'ont pas été tels que nous les avons vécus.

Je voudrais pouvoir me projeter sereinement dans cette vie pour laquelle je me suis tellement préparée.

Je voudrais commencer une journée en me sentant légère, confiante, sûre que mes choix ont été les bons, que je les assume entièrement, que je suis en paix avec moi-même, avec mes valeurs et convictions.

Je voudrais me regarder dans la glace et me dire que ce parcours avait du sens.

Mais l'image s'embrume et les tensions inscrites dans mon corps me rappellent que rien ne s'est passé comme cela. Que ma peine est immense.

Je suis confrontée à ce fameux deuil.  Et pas uniquement celui de "nos" enfants. Car dans cette épreuve on perd bien plus que des enfants.

On se retourne et on mesure tout ce qui a été perdu. En confiance, en force, en temps, en énergie...

Un projet de vie tout entier.

Une aventure dans laquelle nous emmenions familles, amis, copains, voisins, collègues... Et qui promettait d'être faite de tout ce qui fait la vie : moments magiques, grosses galères, compromis, échecs, remises en question, enthousiasme, maturation, éblouissement, crises, renoncements, épanouissement...

Mais là soudain tout s'arrête. Et ce qui est étrange, c'est que des gens disparaissent en même temps que notre rêve. Comme s'ils avaient peur que notre malheur soit contagieux. Comme s'ils avaient peur que notre histoire éclabousse la leur.

Et même si on tente de comprendre, c'est une douleur de plus.

Oui, dans cette épreuve, on perd bien plus que des enfants.

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18 commentaires

  1. Je comprend que tu te sentes seule mais en règle générale je ne pense pas que les gens s'éloignent par peur d'éclaboussures.
    Je pense que c'est surtout par peur d'être maladroit, en pensant bien faire en vous laissant de l'espace car les mots leur manquent sûrement.
    Ce que tu as vécu doit être indescriptiblement douloureux, je n'arrive même pas à imaginer et les mots me manquent pour pouvoir te consoler..

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  2. et d'autres peut être qui dans l'ombre compatissent pensent à vous et éspèrent fort que cela n'aura pas brisé votre rêve et qu'il pourra continuer ailleurs car il serait dommage voire plus que de beaux enfants ne puissent pas avoir de si beaux et bons parents

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  3. Votre souffrance est terrible et face à cela restent seules quelques personnes "assez" fortes, "assez" équilibrées ou qui vous aiment tant que cela dépasse toutes les souffrances et de leur propre peur. Malheureusement notre entourage n'est pas toujours à la hauteur de nos malheurs... Courage, vous n'êtes pas seuls et demain vous verrez dans les commentaires mille mots doux qui vous le rappelleront.
    On dit qu'il faut un village pour élever un enfant, pour en adopter aussi apparemment. N'hésitez pas à vous appuyer sur les gens qui vous tendront une main. La plus part du temps, même si cela semble lâche et égoïste, les "autres" ne savent pas comment réagir et finalement, nous exclue alors chérissez ceux qui osent, même maladroitement car ils rendent votre aventure et ses aléas réels et ils seront aussi là quand elle se finira bien.
    Je vous souhaite beaucoup de courage et de chance, bien amicalement,
    Ecila

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  4. Que de souffrances, que de larmes.
    Vos décisions prises avec vos coeurs de parents étaient n'en doutez pas les bonnes.
    J'imagine comme vous devez encore avoir du mal à regarder sereinement l'avenir, à penser qu'un jour vous ne serez plus deux mais 3 ou 4.
    Mais moi je croise les doigts pour vous et je suis sure que votre bonne étoile va retrouver le bon chemin, il ne peut en être autrement !
    Je pense très fort à vous deux et vous envoie tout mon réconfort.
    Une fois la tempête passée on retrouve aussi des amis perdus de vue parfois ils sont juste maladroits et pas malintentionnés.
    Douces pensées
    Virginie et ses trésors

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  5. Sincèrement très affectée Béatrice par l'étape douloureuse que vous vivez... Ce chemin va quelque part, gardez confiance, en les autres, en vous, en tout, vous en avez besoin et des enfants quelque part aussi... :)
    Plein de bises, Carole

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  6. c'est vrai que certaines personnes de l'entourage s'éloignent mais pas par manque d'intérêt mais plutôt qu'elle ne savent pas comment venir en aide sans blesser ça n'est pas toujours facile de trouver l'attitude et les mots justes. surtout ne pas perdre pied et regarder l'avenir même si ça n'est pas facile d'imaginer un avenir dure, dure, on pense fort à vous bisous odile

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  7. Bonjour,

    Je viens de perdre une petite fille à 6 mois de grossesse après 2 ans de PMA et galères en tout genre et le parcours de deuil est le même. Avec les mêmes conséquences... Je suis choquée par la réaction des proches ou des moins proches. Le vide se fait aussi autour de nous, exactement comme vous le dites, comme si cela pouvait être contagieux ou ils craignent simplement de se planter... Il m'a fallu deux mois pour comprendre que ma fille ne sera jamais là. Deux mois d'hyperactivité pour finir dans une énorme crise de nerf de 3 heures, en larmes et en hurlant ma douleur. Et on se relève.
    Je pense beaucoup à mon petit ange. J'espère sincèrement que vous allez trouver la force de refaire des projets et que votre énergie qui rayonne dans ce blog va revenir, étincelle après étincelle.. Vous avez déjà montré une énorme force sur cette route et elle vous suivra, pas à pas pour la suite. J'espère de tout mon cœur que votre chemin croisera bientôt enfin celui d'un enfant car vous aurez tant de force et de courage à lui apporter.

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  8. Je vous souhaite beaucoup de courage. Votre douleur est immense, criez-la, écrivez-la, peignez-la et je suis sûre qu'au fil du temps se dessinera un nouvel horizon, beau et heureux. C'est en tout cas tout ce que je vous souhaite.
    Bien amicalement,
    Elise

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  9. Votre entourage a peut être peur de ne pas trouver les mots pour apaiser votre douleur, peur d'être maladroit ....
    J'espère très sincèrement que vous aurez la force de continuer, de prendre à nouveau dans vos mains le fameux fil rouge
    je vous embrasse
    Françoise

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  10. Bonjour, Je suis très émue par le drame que vous vivez. Votre histoire me touche particulièrement car nous sommes aussi passés par là avant de pouvoir adopter notre fils, un an après un "désapparentement" des plus douloureux, auquel nous n'étions pas du tout préparés. Je vous rejoins quand vous dites qu'on perd bien plus qu'un enfant après une telle déchirure. Il faut du temps pour se reconstruire, être patients avec soi-même. Aujourd'hui, le bonheur est là dans notre foyer et il en ira de même pour vous, dans quelque temps, j'en suis convaincue. La souffrance de notre parcours a creusé notre coeur, au sens où elle a augmenté nos capacités d'amour et de compréhension pour notre enfant. Voilà peut-être ce que nous pouvons en tirer de positif, avec plusieurs années de recul. Beaucoup de courage à vous et toutes nos pensées de soutien même si nous ne nous connaissons pas.

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  11. Effectivement, on est bien seul quand on vit un deuil, quelque soit le deuil.
    Mais un deuil est une affaire TRES personnelle, même au sein d'un couple, il n'est pas vécu de la même manière, le temps de l'un n'est pas le même que celui de l'autre, tout comme son intensité. Alors, avec les amis et collègues...
    Je ne crois pas que vous ayez perdu vos amis, collègues, famille..., ils seront là si vous avez besoin d'eux. Ils ne savent juste pas quoi faire devant cette douleur réelle.
    Gardez courage, pensez à vous, puis équilibre repris, avancez vers votre avenir qui mérite que vous soyez trois, quatre ou plus, si telle est votre envie.
    La finesse et la justesse de vos textes, de vos dessins, de vos engagements exprimées à travers votre blog me montre que vous avez la capacité de déplacer des montagnes pour de bonnes causes.
    Gardez courage, je pense fort à vous.
    Cécile

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  12. Difficile de trouver les mots justes... Nous pensons régulièrement à vous, à elles, à votre parcours, à cette épreuve, depuis la lecture des nouvelles récentes de votre blog. Sachez que dans l'ombre, nous vous souhaitons de trouver ou de retrouver, petit à petit, la force pour garder confiance en l'avenir et en de nouveaux projets.

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  13. Oui lors des épreuves de la vie les gens de l'entourage ont tendance à s'éloigner...alors qu'on a besoin d'être entourés. Mais comme ce qu'on ne voit pas n'existe pas ils pensent se protéger.
    C'est la même chose lorsque une personne annonce son cancer ou autre maladie grave, souvent son entourage est plus distant.
    Les quelques personnes qui restent et gardent le contact sont les vrais amis.
    je vous embrasse et vous souhaite de trouver l’apaisement et de rebondir dans les prochains mois.
    Anne and co du Lot

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  14. Oui, les gens s'éloignent... Parce que quoi faire avec cette douleur, comment réellement nous comprendre, nous qui pleurons des enfants que nous n'avons jamis tznu dans nos bras, qui n'auront jamais été légalement les nôtres, puisque nous ne les portions au chaud que dans notre coeur ?
    Il y a quelques jours, cela a fait 5 ans qu'au bout de 6 mois d'apparentement, nous avons dû renoncer à l'adoption de notre petit garçon....
    Il se passe rarement un jour sans que je pense à lui, mon enfant-silence.... Rarement un jour sans que la culpabilité ne remonte, aussi .

    Oui, c'est injuste. Oui, il vous faut hurler votre peine, votre colère. Parce que ce n'est pas juste.
    Pas juste non plus ce sentiment de voir les autres s'éloigner... C'est sans doute dur pour eux, mais c'est insoutenable pour vous. Ça me fait penser à ces gens qui ne vont pas voir des proches malades ã l'hôpital parce qu'ils ne supportent pas les hôpitaux....

    Mais on continue. parce qu'on n'a pas le choix, n'est-ce pas.... Et puis petit à petit, on se rend compte que ces enfants nous rendent plus fort, eux qui continuent à vivre dans un coin de notre coeur...

    "Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler... Et ce n'est pas le silence." René Char

    Amicalement,

    Katell

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  15. Je suis profondément touchée par votre histoire et tous ces mots et dessins qui jaillissent de votre blog. Les vôtres évidemment qui sont d'une justesse et d'une grande profondeur mais aussi tous ces commentaires puissants qui en découlent. Vous voyez comme vous arrivez déjà à déplacer des montagnes et des gens dans le virtuel alors j' imagine dans le réel! Vos larmes, vos cris, vos croquis, votre douleur, votre deuil, votre force font partis du chemin, celui qui vous amènera vers votre enfant. Quand il (où ils) sera là et que vous deviendrez parents au quotidien, vous serez fiers de votre histoire. Ne lâchez rien car avoir un enfant dans une maison est une étincelle de bonheur. Parfois je me dis que j'ai failli ne pas en avoir et par adoption je suis maman, c'est magique. Je sais qu'un jour vous rencontrerai cette étincelle. J.

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  16. Apprendre à avancer, à continuer, à vivre sans vos 2 petites filles... Vous battre chaque jour pour reprendre pied, il le faut, il n'y a pas le choix. Et puis, un jour, le soleil brillera de nouveau, il faut y croire très fort. Le temps vous aidera à panser vos blessures et petit à petit, vous sourirez à la vie.
    J'ose espérer qu'une fée va se pencher sur votre petit nid douillet et y glisser tendrement l'enfant que vous méritez.
    Sans vouloir vous blesser, j'ai envie de dire : "ce n'étaient pas Elles, mais ce sera Lui ou Elle ou Eux." Continuez, ne baissez pas les bras.
    Quant aux personnes qui se détournent et bien... C'est souvent par maladresse. De peur de vous blesser, elles se taisent.
    Allez, et puis nous, on est là. On ne se connait pas mais... on est là.
    Souvent des personnes m'abordent dans la rue quand je suis avec mon petit garçon. Souvent, ce sont des gens en attente... Quelques conseils, des encouragements et ça repart pour eux...
    Plein de pensées.
    Barbara

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  17. Le parcours de l'adoption peut être tranquille, mais il est souvent semé d'embûches.
    Chez nous aussi un apparentement refusé pour d'obscures raisons qui ne m'ont jamais convaincue.
    Ce sont des petits débuts de chemin sans issue, pour vous le chemin fut très long avant que vous ne vous cognez le nez contre le mur...
    L'entourage a souvent du mal à comprendre que nous sommes heureux et capables d'aimer un enfants venu d'ailleurs, parfois un enfant 'grand', avec une petit imperfection...ça leur fait peur, alors de constater qu'en plus ça n'abouti pas...
    Il y a ceux que ça rassure parce qu'il ne pouvaient adhérer au projet et puis ceux qui ne savent pas quoi nous dire. C'est un peu comme lors d'un deuil, il y a des connaissances que l'on ne revoit jamais.
    ça ne vaut pas la peine de s'attarder, continuez votre route, vous seuls savez ce qu'il faut faire.
    amicalement
    Séverine

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  18. "Je voudrais me regarder dans la glace et me dire que ce parcours avait du sens."

    Même si tu ne le voies pas encore, je suis sûre que votre parcours a du sens.. rien n'arrive pour rien. Et contrairement à ce que tu penses aujourd'hui, vous allez sortir plus forts de cette épreuve, qui débouchera sur la suite de votre histoire, avec de nouvelles perspectives, une nouvelle vision.
    La roue va tourner, j'en suis persuadée, rien n'arrive par hasard. Restez soudés, aimez-vous encore plus qu'avant,et continuer de mûrir votre avenir.
    A bientôt, pour la suite de l'histoire.

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