A propos du consentement de la famille biologique

lundi, septembre 28, 2015

L'expérience douloureuse que certains adoptants ont vécue en voyant leurs enfants récupérés par leur famille biologique, parfois bien après l'obtention du jugement, conduit à s'interroger sur le contexte dans lequel le consentement de ces familles a pu être obtenu.

Selon l'article 370-3 du Code civil, le consentement doit être libre et éclairé. 

Libre car ce consentement doit être obtenu sans qu'aucune pression n'ait été exercée sur la famille.

Eclairé car la famille biologique doit avoir reçu des informations claires sur les conséquences de son consentement, en particulier sur le maintien ou la rupture des liens de droit entre l'enfant et sa famille d'origine.

Est-ce toujours le cas ?

J'ai conscience que la réalité du terrain doit rendre parfois difficile la mise en application d'une telle "contrainte".

Mais il me semble que, pour pouvoir prétendre à une certaine éthique, un organisme d'adoption devrait faire tous les efforts possibles pour informer au mieux les familles biologiques.

Par ailleurs, il est à craindre que, dans le cas de procédures locales particulièrement longues, ces familles aient le temps de découvrir par elles-mêmes ce que suppose de confier leurs enfants à l'adoption et décident, pour certaines, de se rétracter. Ce qui représente une épreuve terrible, non seulement pour les adoptants, mais aussi et surtout pour les enfants qui ne peuvent comprendre de tels revirements.

Est-il si difficile d'envisager une vraie communication et une vraie transparence auprès des familles biologiques lorsque celles-ci sont identifiées ?

Ne pourrait-on pas éviter bien des drames ?

Ces familles n'ont-elles pas le droit de savoir précisément à quoi elles s'engagent en signant ce consentement ?

Et n'avons-nous pas le droit, nous parents adoptants, de regarder plus tard nos enfants dans les yeux en étant sereins sur leur histoire, en étant sûrs que leur famille d'origine a consenti à leur adoption en pleine conscience des conséquences que cette décision induisait ?

Oui, je crois que nous en avons le droit.

Et nos enfants aussi.

L'intérêt supérieur de l'enfant, c'est aussi ce droit-là.


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4 commentaires

  1. Bonjour Zeu,

    Tellement d'accord... c'est écœurant tout ses drames, car vous n’êtes pas les seuls... et ni les derniers.. c'est terrible comment faire..
    Chaque parents adoptants devraient se voir remettre les documents signés par la famille bio afin de vérifier ses infos... c'est important... ainsi que tous les documents d'ailleurs...

    C'est trop malheureux...

    Mais quand sera-t-il quand les OAA et les pays devront dire à ses enfants de RDC que leurs parents adoptants ne viendrons jamais car les adoptions ne se débloquerons jamais ????

    En vous souhaitant bonne continuation ... et surtout suivez vos instincts...

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  2. Bonsoir,

    De nombreux adoptants ont pu être ou risquent d'être un jour confrontés à cette situation. Surtout s'ils adoptent dans des pays non signataires de la Convention de la Haye... C'est pourtant un point de l'adoption internationale dont on parle peu.
    Mais parler aux parents des risques de rétractation des familles biologiques, c'est d'abord reconnaître que ces familles existent. Et cela, tout le monde n'est pas prêt à l'entendre ou à l'admettre.

    En ce qui concerne le second point de votre commentaire, ce serait en effet un vrai drame que les enfants apparentés depuis si longtemps ne puissent pas rejoindre leurs familles. J'espère que le pays se positionnera rapidement car le plus insupportable est bien de vivre dans le doute. Et c'est extrêmement cruel pour les enfants.

    Mais c'est un autre sujet.

    Béatrice


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  3. Bonjour - je suis lectrice de l'ombre de ton joli blog et donc témoin silencieuse de votre terrible histoire.

    En tant que parents adoptants d'une fille d'Haïti (avant la Haye) et en attente en RDC, nous sommes confrontés à ces questions de l'origine de nos enfants et de leurs familles biologiques.
    Pour notre fille, nous avons un consentement éclairé de sa mère biologique, mais sommes conscients qu'il n'a pas grande valeur : comment une (très) jeune femme sans doute analphabète aurait-elle pu en toute conscience signer un document aussi important ? Car c'est ça qu'il faut avoir en tête : on parle bien souvent de gens qui ne sont pas en capacité de comprendre ce qu'ils signent ou simplement qu'ils sont dans une telle détresse au moment de la signature qu'ils pensent juste à ne plus avoir leur enfant à charge, sans penser aux conséquences à long terme.
    Effectivement on peut blamer les OAAs ou les orphelinats (notre première adoption était en individuelle) qui ne sont surement pas tout blancs (ils vivent grâce à la terrible loi de l'offre et de la demande...), mais je pense qu'il y a malgré tout des vérifications bien difficiles à faire quand on est sur place.

    Je te conseille la lecture du livre "Magnitude 7.3" de Tinan Leroy qui m'avait fait pas mal réfléchir sur la partie famille biologique dans une adoption : rien n'est blanc ou noir...

    Ce qui est sur c'est qu'en tant que parents adoptants, il nous faut être conscient de ça et ne pas faire l'autruche sur les zones d'ombre pour effectivement pouvoir regarder nos enfants en face.

    Bon courage pour la suite de votre parcours, j'espère que vous trouverez vite un nouveau fil rouge.

    Delphine, maman de F (Haiti), 10 ans, et de H (RDC), bientôt 6 ans, qui nous attend depuis 41 mois.

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  4. Bonjour Delphine,

    Merci pour ce témoignage. Il est toujours très intéressant de découvrir le parcours des autres et de savoir à quelles questions ils ont été confrontés et comment ils ont tenté d'y répondre...

    Je suis consciente que tout ceci est extrêmement complexe.

    Merci aussi pour ce conseil de lecture. Je vais me procurer ce livre sans attendre... parce que le sujet est passionnant et que, vous l'aurez compris, il m'interpelle beaucoup...

    A bientôt !
    Béatrice

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