“Tout notre environnement scolaire est inadapté”

jeudi, septembre 22, 2016

Céline Alvarez © Stephen Cafiero

Céline Alvarez a mené avec succès une expérience pilote inspirée par les méthodes de Montessori dans une école maternelle de Gennevilliers. Trop révolutionnaire pour l’Éducation nationale ? Qu’à cela ne tienne, elle a poursuivi son travail sur son site (vu par plusieurs millions de visiteurs) et dans un livre, “Les Lois naturelles de l’enfant”, qui rencontre un immense succès depuis la rentrée. Elle nous dit ce par quoi passerait selon elle une réforme globale du système scolaire et pourquoi l’erreur se trouve au cœur même du processus d’apprentissage.




La réussite ou l’échec scolaire se jouent-ils vraiment dans les premières années, au moment où le cerveau est le plus réceptif ?
Céline Alvarez : Le cerveau humain est plastique : il crée constamment de nouveaux circuits. Il n’est donc jamais « trop tard » pour développer de nouvelles compétences ou pour rattraper un retard. Néanmoins, pour construire des fondations solides, le plus tôt est le mieux. Lors des cinq premières années de la vie, nos structures cérébrales sont puissamment plastiques : tout s’encode. Ces premières années posent les bases sur lesquelles notre intelligence future se précisera. Nous savons par exemple que le niveau de langage oral à 3 ans prédit les capacités de lecture à 5 ans et la compréhension de textes à 8 ans. Il est donc important de respecter cette temporalité biologique pour offrir un bon « départ » à nos enfants.
L’école peut-elle compenser les « défaillances » de la famille et du milieu social ?
Nos enfants passent plus de six heures par jour à l’école. Cela est considérable. Alors, oui, l’école peut jouer un rôle hautement favorable, en offrant un environnement de qualité, « nourrissant », ambitieux. C’est ce que nous avons montré avec l’expérience de Gennevilliers qui s’est déroulée dans une école maternelle située en zone d’éducation prioritaire [ZEP].Néanmoins, pour avoir cet impact positif, l’école doit fonctionner selon les « lois de l’enfant ». Celui-ci doit être actif et non passif, il doit aimer ce qu’il fait et non pas le subir, il doit également bénéficier de la présence d’enfants d’âges différents – toute la journée.
Aujourd’hui, les outils pédagogiques vous paraissent-ils inadaptés aux besoins des enfants et des adolescents ? La notation est-elle à remettre en cause ? Par quoi la remplacer ?
Tout notre environnement scolaire est inadapté, pas seulement nos outils. Et il est inadapté tant au fonctionnement des enfants qu’à celui des enseignants. Tout le monde souffre. Nous ne nous sommes pas trompés sur quelques détails : ce sont les fondations de notre école qui sont à revoir. Alors, oui, parmi tant d’autres paramètres, la notation est à remettre en cause. Elle paralyse l’enfant qui a peur de se tromper. Or la recherche nous indique qu’un organisme qui ne se trompe pas n’apprend pas. L’erreur est constitutive de l’apprentissage. En sanctionnant l’erreur, nous bloquons tout simplement le processus d’apprentissage. L’adulte doit aider l’enfant à percevoir ses erreurs, mais cette indication doit rester neutre. L’erreur doit être accueillie, plutôt que redoutée.
Comment rendre à une intelligence humaine la « plasticité » de ses premières années ? Comment lui redonner des chances lorsque la première opportunité a été manquée ?
Le cerveau adulte ne peut pas – jusqu’à preuve du contraire – retrouver la puissance plastique des premières années de sa vie. Néanmoins, puisque le cerveau humain est plastique toute sa vie, la résilience est toujours possible, même si elle demande un effort parfois considérable : nous savons par exemple aujourd’hui qu’un environnement stimulant, riche, offrant de l’exercice physique naturel et exempt de stress rouvre la plasticité cérébrale ! À nous donc de créer ces conditions favorables, et de nous détourner de celles qui ne le sont pas. Un environnement stressant, routinier, proposant peu d’interactions sociales et d’exercices physiques en milieu naturel est à éviter.
Comment les neurosciences peuvent-elles accompagner la pédagogie ? Peuvent-elles aider surmonter l’échec scolaire ?
Oui, elles apportent des informations nécessaires que l’école doit prendre en compte. Mais non, elles ne résoudront pas à elles seules le problème de l’école. Elles ne sont qu’un outil parmi tant d’autres. Pire, elles peuvent devenir un piège : j’entends beaucoup parler de « neuro-éducation », comme si l’apprentissage était uniquement une affaire de cerveau. En nous focalisant sur le détail, nous perdons la vue d’ensemble, et nous risquons de nous perdre à nouveau. ☛ À lire : Les Lois naturelles de l’enfant (Les Arènes, 2016)☛ Et retrouvez dans l’enquête de Philippe Garnier sur l’échec à l’école dans le prochain numéro de Philosophie magazine(numéro 103, en kiosques le 22 septembre 2016).
Source : philomag.com


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1 commentaires

  1. super interessant, je l'avais déjà entendue sur France Inter mais c'est sympa de la voir en image!

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