Adoption internationale: développement et attachement de l'enfant adopté

samedi, octobre 15, 2016


Chaque année, des parents québécois adoptent des enfants nés à l’étranger. En raison de leurs conditions de vie avant l’adoption, ces tout-petits sont plus fragiles et leur développement peut différer de celui des autres enfants. Être informé de cette réalité avant l’adoption est primordial. Plusieurs ressources sont d’ailleurs à la disposition des futurs parents pour les accompagner dans cette démarche.
Grâce à leur capacité à sécuriser leur enfant, à l’inclure dans sa nouvelle famille et à bien répondre à ses besoins, les parents adoptifs peuvent offrir cette sensibilité particulière dont leur tout-petit a besoin. En bénéficiant d’un environnement aimant et chaleureux, la majorité des enfants adoptés s’en sortent bien, malgré les défis à surmonter.

La vie avant l’adoption et son impact sur le développement
Certains enfants adoptés sont dans un piètre état à leur arrivée. La majorité de ceux qui ont vécu en orphelinat souffrent de malnutrition. Cela peut causer des retards de croissance, des problèmes de santé et nuire au développement du cerveau. Les infections qui sont courantes dans certains pays amplifient aussi ce phénomène. Des habitudes de vie néfastes durant la grossesse, comme l’alcoolisme de la mère, peuvent endommager le cerveau du bébé. Enfin, les tout-petits qui passent de longs séjours en orphelinat souffrent de carences affectives et d’un manque de stimulation.
Combler leurs besoins de base (manger, boire, se sentir en sécurité, créer des liens, explorer leur environnement) est donc nécessaire pour leur permettre de surmonter ces premières difficultés et de se développer de façon harmonieuse.

Le développement moteur
On estime que de 10 % à 70 % des enfants adoptés présentent un retard du développement moteur à leur arrivée. Cette situation est plus fréquente pour ceux qui ont vécu en orphelinat. On calcule généralement 1 mois de retard pour chaque période de 3 mois passée en orphelinat après l’âge de 6 mois. La plupart du temps, les soins reçus après l’adoption inversent ce processus et ces retards sont rapidement rattrapés.

Le développement intellectuel
La malnutrition, le manque de stimulation, la consommation d’alcool ou de drogue par la mère biologique pendant la grossesse peuvent causer des retards intellectuels chez les enfants adoptés à l’étranger. Un long séjour en orphelinat aura aussi des impacts particulièrement néfastes. Les tout-petits qui ont séjourné dans une famille d’accueil avant leur adoption s’en tireraient mieux puisqu’ils ont eu plus d’occasions d’acquérir et de pratiquer de nouvelles habiletés.
Les différences parfois observées entre le quotient intellectuel des enfants adoptés de l’étranger et celui des enfants non adoptés sont, cependant, pour la plupart petites. Les enfants adoptés sont donc aussi compétents que les autres. Il peut toutefois arriver que leurs conditions de vie avant l’adoption, tout comme le choc de l’adoption, occasionnent des difficultés. Par exemple, certains de ces enfants connaissent des problèmes d’apprentissage ou un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) qui peuvent nuire à leur réussite scolaire plus tard.
Dans la plupart des cas, l’évolution des capacités intellectuelles reprend habituellement une trajectoire normale après l’adoption. Une amélioration est souvent notable de 3 à 6 mois après l’arrivée de l’enfant dans sa nouvelle famille. Un environnement stimulant et positif peut donc renverser la vapeur.

Le langage
Presque tous les enfants qui ont été placés en orphelinat ont des retards de langage, vraisemblablement en raison de la rareté et de la pauvreté des contacts qu’ils ont eus avec les adultes en place. Malheureusement, une mauvaise acquisition de la langue maternelle peut rendre la maîtrise des autres langues difficile.
Il est donc important que les nouveaux parents multiplient les interactions avec leur enfant afin qu’il soit souvent exposé à sa langue d’adoption. Celle-ci deviendra alors l’équivalent d’une langue maternelle. Cet apprentissage peut se faire rapidement dans la première année suivant l’adoption, mais il est tout de même important d’être patient. Certaines difficultés peuvent prendre des années à se corriger, en particulier lorsqu’il s’agit de maîtriser les concepts abstraits et les expressions typiques de la nouvelle culture pour les enfants adoptés tardivement.

Le développement social et l'attachement
Les problèmes de développement social et affectif sont fréquents chez les enfants adoptés à l’étranger et ils constituent souvent un défi important pour les parents. Les carences affectives et les nombreuses ruptures que ces enfants ont vécues peuvent entraîner une perte de confiance envers le monde extérieur et fragiliser leur capacité à développer un sentiment d’attachement fort. Cela est particulièrement vrai pour les enfants qui ont été adoptés à un âge plus avancé et qui ont grandi en orphelinat où le manque de sensibilité et d’attention était chronique. Ils développeront donc souvent une peur du rejet et la volonté de plaire à tout prix. Pour cette raison, les enfants adoptés peuvent éprouver beaucoup d’anxiété et de difficultés à s’investir dans les relations avec les autres.
Pour établir des liens d’attachement avec ses parents adoptifs, l’enfant doit se sentir en sécurité et en confiance. Il a également besoin de donner un sens à son histoire. On oublie parfois que la séparation de la mère ou de la famille biologique est un choc. Le tout-petit doit donc faire le deuil de sa famille et de son pays d’origine. Les parents devront alors prendre le temps de l’apprivoiser et être conscients que cet enfant craint d’être rejeté de nouveau.
Grâce à la sensibilité de leurs parents, la majorité des enfants adoptés développeront avec le temps un fonctionnement affectif comparable à celui des autres enfants.

Les défis du comportement
Il n’est pas rare que les enfants adoptés aient des accès de colère, un sommeil fragile ou des problèmes d’alimentation, en particulier dans les premiers mois suivant l’adoption. Les relations avec les autres enfants peuvent aussi être plus difficiles. Une approche différente est toutefois nécessaire pour gérer ces défis.
Il faut en effet éviter de confondre une réaction normale de transition ou de deuil avec un trouble de comportement. Ainsi, un enfant qui refuse d’aller au lit craint peut-être que ses nouveaux parents ne soient plus là à son réveil, une inquiétude qui disparaîtra au fur et à mesure que la confiance s’établira au sein de la famille.
Les parents d’enfant adopté devraient aborder la discipline d’une façon particulière. Devant un geste dérangeant, il peut être nécessaire d’éviter les recommandations habituelles. Par exemple, la méthode du retrait peut amplifier la peur du rejet et de l’abandon. Elle n’est donc pas appropriée avec un enfant adopté. Chercher à évaluer l’état émotif de l’enfant et à comprendre son vécu est alors préférable.
Ces situations sont toutefois éprouvantes pour de nouveaux parents. L’aide de professionnels ou de groupes de parents adoptifs peut être d’un grand secours pour apprendre à relever ces défis du quotidien. Il existe d’ailleurs de nombreuses ressources pour les parents adoptants (voir la liste ci-dessous).

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