Education positive : ce qu'en dit la science

jeudi, octobre 06, 2016

Ilona Boniwell, experte en psychologie positive, nous présente trois études emblématiques démontrant les bénéfices de cette nouvelle approche éducative.

Étude n°1 : sourire authentique, bonheur durable

La théorie « d’expansion et de production » des émotions positives de Barbara Fredrickson, psychologue américaine, auteure de Mieux vivre grâce à la pensée positive (Larousse), montre que les expériences affectives positives contribuent à notre développement personnel et l’influencent durablement. 

Par exemple, les enfants heureux ont davantage de probabilités de retenir ce qu’ils étudient, de continuer d’avancer dans l’adversité et de se lier d’amitié avec des enfants de milieux différents. Et ce n’est pas tout : les émotions positives éprouvées dans l’enfance peuvent avoir des conséquences à l’échelle d’une vie.

Souriiez-vous sur vos photos de classe ? Était-ce un « sourire de Duchenne », sincère et authentique, ou un « Pan American », factice et fabriqué ? Ce petit détail peut avoir une valeur prédictive quant à votre existence. LeeAnne Harker et Dacher Keltner, chercheurs à l’université de Californie à Berkeley, ont analysé les sourires sur les photos de cent quarante et une lycéennes dans un yearbook (« album de fin d’année ») de 1960. Les mêmes jeunes filles ont été recontactées à l’âge de 27, de 43 puis de 52 ans et interrogées sur leur vie. À chaque étape, et même trente ans après, on comptait parmi les « Duchenne » davantage de femmes heureuses dans leur couple et témoignant d’un niveau de bien-être et de satisfaction élevé.

Étude n°2 : enthousiasme sincère, relations épanouies

Les formes de communication assertives (par opposition aux formes passives ou agressives) ont un impact positif sur la résolution des conflits. Elles contribuent également à la construction d’amitiés solides. Permettez-moi de vous donner l’exemple suivant. 

Comment réagissez-vous lorsque vos amis, vos collègues, des membres de votre famille, dont vos propres enfants, partagent des nouvelles agréables avec vous ?

1. Vous êtes heureux pour eux, mais vous n’en faites pas un plat.
2. Vous êtes sceptiques et vous démontrez en quoi cette bonne nouvelle ne l’est pas tant que ça (c’est une réaction si française !).
3. Vous ne réagissez pas du tout.
4. Vous répondez avec un intérêt sincère, vous exprimez votre excitation et capitalisez sur leur succès (en prolongeant la discussion sur cette bonne nouvelle, en la partageant avec d’autres, en suggérant des manières de la fêter).

Shelly Gable, de l’université de Californie, a observé dans une étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology que les relations au sein desquelles chacun s’engage dans une réponse active et constructive (de type 4, ci-dessus) ont tendance à fleurir, tandis que celles dans lesquelles dominent les trois autres types de réponse s’assèchent. Recourir à des réponses actives et constructives entre adultes et avec vos enfants peut les aider à déployer avec vous – et avec d’autres à l’avenir – une communication positive. Avec l’augmentation significative des violences à l’école, cette compétence ne doit plus être ignorée.

Étude n°3 : encouragements, envie de persévérer

Lorsqu’il est question de « positivité », il est facile de tomber dans la valorisation de l’enfant pour la moindre de ses réalisations. Claudia Mueller et Carol Dweck, chercheuses au département de psychologie de l’université Columbia, ont mené plusieurs études (Journal of Personnality and Social Psychology) pour explorer le lien entre la manière dont nous félicitons les enfants et leur intérêt, leur motivation, leur performance. 

Des élèves de primaire ont eu à résoudre des problèmes faciles. Après chacune de leurs réussites, les uns ont reçu un compliment sur leur intelligence (« Tu dois être drôlement malin »), les autres, sur leur exécution (« Tu as dû te donner beaucoup de mal »). Puis ils ont dû résoudre des problèmes bien trop difficiles pour leur niveau de compréhension. Peu importent leurs réponses, tous se sont vu attribuer la note de 5/10.

Les premiers, complimentés pour leur intelligence, ont attribué leur échec au fait qu’ils n’étaient « pas assez bons ». Ils ont affirmé avoir eu moins de plaisir à la tâche. Lorsqu’il leur a été proposé d’emporter les exercices chez eux pour s’entraîner, ils ont refusé. 

De plus, invités à choisir entre plusieurs exercices pour une épreuve finale, ils ont pris le plus simple. Les résultats des seconds furent diamétralement opposés : ils ont attribué leur échec au fait de ne pas avoir assez essayé ; estimé leur plaisir à un niveau identique que dans la première phase ; emporté les exercices chez eux ; et choisi l’épreuve finale parce qu’elle constituait un nouveau défi.

Conclusion ? Si les compliments sont dans l’ensemble bénéfiques, tous ne le sont pas. Certains peuvent avoir pour effet de court-circuiter la motivation et l’intérêt des enfants. Alors, si vous souhaitez que les vôtres soient réellement motivés, encouragez-les pour les efforts qu’ils fournissent plutôt que pour leur facilité à apprendre.

Source : Psychologies

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