Adoption : pour que l’enfant vous adopte

mardi, novembre 01, 2016


Voilà un article qui date un peu mais qui reste intéressant. L’auteur y énumère les principales difficultés que peut rencontrer un enfant adopté et donne quelques conseils aux parents confrontés à ces difficultés. Des pistes de réflexion qui peuvent servir...

4 500 enfants sont adoptés chaque année en France. Une aventure familiale merveilleuse, même si elle n’est pas toujours facile à vivre au quotidien. C’est pourquoi spécialistes et thérapeutes ont fait l’inventaire des écueils à éviter.

Un rêve qui s’accomplit... et après ?

Enfin le coup de fil tant espéré ou la lettre qu’ils serrent sur leur cœur ! « Il » est enfin disponible et les attend là-bas. Alors ils partent à sa rencontre, pleins de leur amour à donner et d’un fol enthousiasme devant l’aventure qui commence. 

Mais, au-delà du rêve qui s’accomplit, les futurs parents sont-ils toujours préparés à la réalité de l’adoption ? Car si, dans la majorité des cas, cette famille « reconstituée » est une famille comme les autres, avec ses bons et mauvais jours, elle est issue de la fusion de deux destins difficiles : celui des adoptants, souvent dans l’impossibilité d’avoir un enfant biologique, et celui de l’adopté, qui a été abandonné. 

Les spécialistes et thérapeutes connaissent les écueils spécifiques de cette greffe. C’est pourquoi ils aident les couples à définir et réussir leur authentique projet d’adoption : accueillir un enfant et l’aimer toute une vie.

Vingt-cinq ans après, Joëlle évoque ses motivations. « J’avais une vie agréable, un job passionnant, beaucoup d’amis. J’aurais très bien pu me passer d’un enfant. Mais j’avais besoin de m’intéresser à autre chose qu’à moi-même. Un besoin d’ancrage plus que de maternité. » 

Ses vœux seront comblés au-delà de toute espérance. Célibataire, ayant peu de chance d’obtenir un bébé en France, elle part au Vietnam. Elle en revient avec deux enfants : une petite fille de 5 ans et son jeune frère. Durant cette même année, elle rencontre son futur mari, déjà père d’un enfant. Peu après, alors qu’elle se croyait stérile, elle attend leur quatrième enfant. 

Quatre enfants aux origines si diverses peuvent-ils être acceptés et aimés avec la même intensité ? « Pas un seul instant cette question ne s’est posée pour moi, affirme Joëlle. On oublie vite l’origine de leur naissance. »

La plupart des couples en demande sont motivés par la stérilité de l’un ou des deux futurs parents. D’autres se sentent investis d’une « mission » morale ou bien cherchent à être « comme tout le monde », à combler un manque, une solitude, à se donner bonne conscience ou une belle image. Autant de motivations suspectes que les associations chercheront à déceler, car elles portent en elles le germe de problèmes à venir. 

D’où entretiens, questionnaires et enquêtes auxquels sont soumis les futurs parents. Une mise à l’épreuve qui permet également de cerner la solidité des couples, leur volonté commune, leur tolérance, leur désir de rendre un enfant heureux, qu’il soit blanc ou coloré, dans l’amour et le respect. Un parcours du combattant qui peut durer cinq ou six ans. Grâce à ces échanges préliminaires et à un suivi des familles, les associations connaissent mieux aujourd’hui les besoins des enfants adoptés, de même que les doutes et les difficultés des parents adoptif.


De la difficulté d’être adopté 

La force du passé

Peurs soudaines, cauchemars… Même si l’enfant a été adopté en bas âge, ses réactions suscitent parfois l’inquiétude. Un mois après sa « deuxième naissance », Sophie, 5 mois et demi, pleure de désespoir chaque fois que sa mère la déshabille. Le pédiatre interroge les parents et découvre qu’ils l’avaient également dévêtue à l’orphelinat pour lui mettre les habits qu’ils avaient apportés. Un geste que Sophie associe manifestement à l’abandon.

Un être qui a été abandonné se sent inévitablement à la fois coupable et en colère. Quels que soient son âge et les conditions de son adoption, il se souvient. Ce qui peut engendrer une certaine agressivité. « L’enfant ressent son abandon comme le signe de sa “mauvaise qualité”. Il ne mérite pas l’amour parce qu’il n’est pas aimable. » 

Une dévalorisation de lui-même que seul l’amour, justement, peut réparer, analyse Michel Soulé, psychanalyste, spécialiste des problèmes d’adoption. Sans doute exigera-t-il de temps en temps des preuves exorbitantes, pour vérifier la force de cet attachement. 

« Chaque enfant adopté testera, à sa manière, la réalité et la profondeur du désir de ses nouveaux parents à son égard », confirme Bernard Prieur, psychanalyste et directeur du Ceccof (1). Le traiter de « bon à rien » ou d’« incapable » risque de l’inciter à justifier son rejet par ses parents biologiques et de le pousser à l’échec, à la révolte. 

Tout comme il peut, pour se faire pardonner le fait même d’exister, décider d’être irréprochable, meilleur que les autres et adopter un comportement stéréotypé. Mais il peut aussi en tirer une bénéfique volonté de s’affirmer ou une sagesse particulière…

Les périodes de régression

Marie est une bavarde, mais brutalement, à 5 ans, elle ne prononce plus une parole et ne se nourrit plus que de biberons. Cherche-t-elle à revivre avec ses nouveaux parents, comme le pensent les psys, sa gestation ou son état de nouveau-né ?

L’alibi des origines

Il travaille médiocrement en classe, il est violent avec ses camarades, il fugue, ment ou manifeste peu d’affection. En général, face aux réprimandes, il lance : « Je n’ai pas demandé à être adopté. » L’enfant échappe à ses parents et son passé semble resurgir… Ces derniers risquent alors de s’interroger sur la qualité de ses origines ou de culpabiliser, estimant avoir échoué dans leur « mission ».

Les blessures de l’entourage

L’enfant adopté subit souvent la cruauté de l’entourage et du racisme. « Toi, on t’a trouvée dans une poubelle ! » dira à Jeanine une camarade de classe. « J’ai aidé mon frère noir à se défendre, raconte Frédéric, 6 ans. Je lui ai appris à répondre “cachet d’aspirine”, “fromage blanc” ou “lavabo” ! »

Les questions sur les parents biologiques

A l’adolescence, l’enfant a besoin de renouer avec son passé. Il veut connaître sa famille génitrice, il pose des questions. Mais ses parents se dérobent ou ne peuvent répondre. A 15 ans, Adrien voulait savoir. « Mes parents sont morts, mais où sont-ils enterrés ? Quel est leur nom ? On ne se volatilise pas sans laisser de traces ! » Sans doute avait-il perçu le trouble de ses parents adoptifs, qui avaient préféré inventer ce décès plutôt que de lui annoncer la vérité. C’est la difficulté majeure à laquelle se heurtent parents et associations. 

Que dire, par exemple, dans les cas – rares – où l’enfant est né d’un viol ou d’un inceste ? Aucune réponse ne peut être généralisée. Une décision est prise au cas par cas. Il arrive souvent, aussi, que l’enfant veuille « savoir sans savoir ». Antoine a 20 ans. Devant son insistance, ses parents lui conseillent de prendre rendez-vous avec l’association qui l’a recueilli. « Non, répond-il, je ne veux pas prendre ce risque. » 

« Le risque, note Thérèse Marin, de l’association Les Nids de Paris, est de se trouver face à une réalité trop différente de celle imaginée ».

Conseils aux parents adoptifs 

Communiquer et favoriser le contact charnel

« Conseil de base : il faut tenir l’enfant contre son corps le plus souvent possible. Même un gamin de 10 ans recherche ce contact et peut régresser jusqu’à mimer sa naissance », explique Chantal de Bois-Hébert (Les Nids de Paris). Par ailleurs, une bonne communication est encore plus cruciale pour ces enfants dont l’origine comporte une grande part de mystère et de non-dit. 

« Ce que regrettent le plus les adoptés, poursuit-elle, c’est de ne pas toujours avoir osé poser certaines questions par peur de blesser leurs parents adoptifs ou d’être à nouveau rejetés. »

Comprendre le handicap affectif et moral de l’enfant

Un être qui a été abandonné se sent inévitablement à la fois coupable et en colère. Quels que soient son âge et les conditions de son adoption, il se souvient. Ce qui peut engendrer une certaine agressivité. « L’enfant ressent son abandon comme le signe de sa “mauvaise qualité”. Il ne mérite pas l’amour parce qu’il n’est pas aimable. » 

Une dévalorisation de lui-même que seul l’amour, justement, peut réparer, analyse Michel Soulé, psychanalyste, spécialiste des problèmes d’adoption. Sans doute exigera-t-il de temps en temps des preuves exorbitantes, pour vérifier la force de cet attachement. 


« Chaque enfant adopté testera, à sa manière, la réalité et la profondeur du désir de ses nouveaux parents à son égard », confirme Bernard Prieur, psychanalyste et directeur du Ceccof (1). Le traiter de « bon à rien » ou d’« incapable » risque de l’inciter à justifier son rejet par ses parents biologiques et de le pousser à l’échec, à la révolte. 

Tout comme il peut, pour se faire pardonner le fait même d’exister, décider d’être irréprochable, meilleur que les autres et adopter un comportement stéréotypé. Mais il peut aussi en tirer une bénéfique volonté de s’affirmer ou une sagesse particulière…

Ne pas attendre de reconnaissance

La rébellion d’un enfant est plutôt positive. Elle confirme qu’il est parvenu à se libérer du poids de la dette qu’il ressent parfois envers sa famille. « Biologiques ou pas, nos enfants ne nous doivent rien », affirme Florence Laffont, de l’association Enfance et familles d’adoption, qui s’insurge contre cette attitude, le plus souvent induite par la proche famille. 

Les réflexions du type « Comment peux-tu faire ça à tes parents, eux qui sont allés te chercher ? » favorisent ainsi, chez l’adopté, le sentiment équivoque de sa double identité.

Parler de l’adoption

Il n’y a plus aujourd’hui de révélation brutale. Toutes les pouponnières préparent les nouveau-nés à l’adoption. Photos, vidéos tournées par les parents adoptifs vont lui raconter son histoire de façon naturelle. Mais, en même temps, les thérapeutes spécialisés conseillent d’être à l’écoute des interrogations de l’enfant ou, s’il n’en parle jamais, de lui tendre des perches, mais sans insister. 

Ils recommandent aussi aux parents de parler de leurs motivations quant à l’adoption et de leur stérilité. Il est essentiel que l’enfant comprenne que ses parents ont une sexualité normale, même si elle n’est pas procréatrice. Il est également préférable d’informer de l’adoption l’entourage proche – famille, amis, professeurs – mais sans entrer dans le détail.

Accepter la recherche des parents biologiques

Jusqu’en 1996, 5 % seulement des adoptés nés « sous X » demandaient à voir leur dossier. « Nous connaissions la mère, précise Thérèse Marin, nous pouvions la décrire, donner les raisons de son abandon, mais nous n’avions pas le droit de dévoiler son nom. » La loi de 1996 a levé cet interdit et les adoptés peuvent désormais retrouver leur mère génitrice, si celle-ci l’a expressément autorisé. Les législateurs ont suivi le conseil des psys : le secret de la naissance risque de perturber les adoptés dans leur filiation avec leurs propres enfants (les adoptés se renseignent en général sur leur mère entre 35 et 40 ans, au moment où ils deviennent eux-mêmes parents).

Respecter ses origines

Il est impératif de ne jamais dénigrer la mère biologique. D’ailleurs, les spécialistes préfèrent que l’on dise à l’enfant qu’il a été « donné » plutôt qu’abandonné. Pour les enfants étrangers, ils conseillent d’en faire en priorité un petit Français et de lui donner ensuite les moyens de s’intéresser à sa culture d’origine.

Se méfier du “complexe de réussite”

L’adolescence est souvent une période difficile. Attribuer à son passé les échecs scolaires ou l’instabilité d’un jeune est une tentation dangereuse. Joëlle refuse cet alibi. « De tous mes enfants, le seul qui suit une thérapie depuis deux ans est celui dont j’ai accouché. C’est leur tempérament qui fait la différence, pas leurs origines. » Certains parents adoptifs, prévient Bernard Prieur, sont trop préoccupés par l’avenir de leurs enfants. Ils font un « complexe de réussite » et semblent davantage engagés dans un contrat social et moral que dans une relation affective et parentale. Il cite l’exemple de la patineuse Surya Bonaly : « On peut faire ce qu’on veut d’un gamin, affirmait son père adoptif. Si nous devions recommencer, on en ferait peut-être une musicienne. » 

Au Ceccof, les parents adoptifs consultent deux à cinq fois plus que les familles classiques. Mais l’adoption n’est pas plus un facteur de malheur qu’une assurance de bonheur. Les mêmes problèmes attendent peu ou prou tous les parents. Et l’enfant « bien adopté » a tous les moyens de restaurer l’image abîmée qu’il a de lui-même. 

Car il est certain d’avoir été désiré et voulu par des parents responsables, et d’être élevé dans un milieu favorable et stable (il y a très peu de divorces chez les adoptants). 
Finalement, concluent les enquêtes menées sur le sujet, la grande majorité des adoptés ont adopté leurs parents.

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