Conseils au jour le jour pour protéger l’enfant blessé

mercredi, octobre 25, 2017

Expliquez à l’enfant blessé par un passé difficile ou maltraitant que le travail d’une maman est d’aimer son enfant; que le travail d’une maman est de toujours revenir à la maison pour prendre soin de l’enfant; que dans une famille, c’est le papa et la maman qui doivent protéger, aimer et toujours nourrir leur enfant.
Que ça ne changera pas. Que c’est incroyable, mais que c’est comme ça. Que c’est cela, une famille d’accueil ou d’adoption. Que c’est un lieu de protection. Que c’est cela une famille, peu importe le sexe ou le nombre de ses membres, que c’est un lieu de protection inconditionnel.
Qu’il peut frapper sur un ballon de boxe, couper des journaux en morceaux, mettre du ketchup sur son dernier dessin ou éviscérer son ourson en peluche, que rien n’y fera sur la pérennité de son papa et de son maman.
Répondez aux besoins de l’enfant sans devenir son otage. Pour vous faciliter la tâche, apprenez à supporter que l’enfant ne vous aime plus pour quelques minutes. « Oui, mon petit loup, maman va aller te voir dès que j’ai terminé de nettoyer la table. » Ou encore : « Je te prends par la main si tu arrêtes de chigner. Si tu continues, maman retourne dans sa cuisine. Tu choisis quoi? »
Le protéger, le ramasser par terre est plus payant plus concret que simplement lui dire que vous l’aimez. Il faut vous commettre, physiquement. Il faut avec lui viser des moments exaltants. Ne le tenez pas du bout des doigts, collez-le fort, montrez-lui comment si ça lui fait peur.
Multiplier les choix lui donne l’idée de la liberté. « Tu viens jouer dehors avec papa ou Tu restes là et Tu n’iras pas jouer dehors. Tu choisis. Tu viens jouer dehors? C’est bon, Tu as fait le bon choix, félicitations chérie, papa et toi nous allons faire un beau bonhomme de neige, avec une carotte à la place du nez.. Tu restes là? C’est dommage. Tu as fait le mauvais choix. Papa va aller jouer seul dans la neige. Tu le regardes par la fenêtre ou Tu vas jouer au sous-sol? Si Tu le regardes par la fenêtre, papa va te faire des beaux sourires. »
L’édification de ses compétences sociales est trop fragile pour permettre à l’enfant de développer des qualités telles que la patience, l’intimité, l’empathie. Généralement, l’enfant qui vous a été confié en accueil ou en adoption imite l’environnement plutôt que de le comprendre et détruit avec force ce qui l’entoure quand il sent la menace, véritable ou imaginée.
Les enfants blessés se construisent moins sur ces visites imposées ou souffrantes avec leurs familles biologiques qu’avec un présent pleinement vécu avec leurs familles d’accueil. Parler de leur passé, devancer leurs questions, accepter de discuter de leurs perceptions de leurs trajectoires de vie, sans attendre un signe de départ, est par ailleurs un cheminement essentiel. On leur bâtit une petite boite à souvenir. On les aide à tracer leur arbre généalogique à ramures, boutures et racines.
L’enfant est un survivant, pas une victime. Il ne faut jamais nier le caractère éprouvant de son vécu, mais ne jamais tomber dans la pitié. On lui parle ouvertement de son courage et de sa force intérieure.
S’il n’arrive pas à mieux se comporter, on reconnait au moins le strict minimum : “J’aime la façon dont tu essaies”.
Les enfants retrouvés de votre drôle de maisonnée ont peur de décevoir, de raviver l’élément déclencheur du rejet, d’être ré-abandonnés; ils ont peur d’être ignorés, de ne pas compter pour les autres, d’être le quidam; ils ont peur d’être seuls, de ne pas être remarqués, d’où leur comportement accaparant. Ils cherchent des preuves extérieures pour nourrir leur estime de soi. Les enfants de votre maisonnée ont peur de ne pas être choisi, peur des compétitions, de s’affirmer; ils pensent qu’on peut s’acheter des amis, sont victimes du désir de plaire, sont hypersensibles à la critique. Ils ont tendance à jouer la fausse indépendance. Ils ont peur d’avoir mal. Ils sont trop scotchés ou trop évanescents, ça dépend.
Combattez l’instinct naturel de ne souligner que les problèmes. Pour certains enfants, ne rien faire de mal est surhumain: c’est déjà un bon comportement.
Évitez les “oui, mais.” Ne dites pas “Bravo! Tu as fait un beau ménage de ta chambre, mais tu as oublié de ranger cette paire de souliers…”Soyez sincère, subtil, évitez l’ironie. Faites des compliments concrets, multipliez les actions visibles.
Insistez sur ses qualités ordinaires de peur que l’enfant ne se sente rejeté s’il est imparfait : “Mon Ti-Loup, maman vient de remarquer que ce soir tu as choisi de ne pas te relever, de ne pas parler à maman. Je sais que tu as fait un grand effort. Bravo et bonne nuit”.
C’est du travail, mais ça ne fonctionne pas autrement. Je connais plein de parents, des centaines qui croyaient y arriver en beurrant plus épais avec de l’amour, juste de l’amour. Ils se sont trompés.
Sans un bol de confiance, l’amour se répand partout ailleurs.
Jean-Francois Chicoine MD Pédiatre - D’après J-F Chicoine & J Lemieux - 24 octobre
Photo LMEA


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