Brisures et abandonnisme

jeudi, juin 13, 2019

Un article intéressant sur le thème complexe de l'abandonnisme... Je cite ici quelques extraits :

- "Il existe un profond sentiment de perte" qui est verbalisé de façon compulsive. L'abandonnique oscille entre une "béance vécue comme irrémédiable et l'espoir irréel de retrouver l'objet aimé." 

- "Toute frustration éveille la blessure initiale". Le sentiment de manque apparaît très vite après une frustration, qui déclenche une crise de larmes. En institution, j'ai souvent vu tel enfant à qui on refusait une sortie (par exemple), qui pleurait sans commune mesure avec le refus et qui s'écriait : « Tu ne m'aimes pas. Personne ne m'aime. » 

- "Un apport d'affection est toujours perçu comme dérisoire et menaçant". Il réveille le sentiment de manque, de perte et d'abandon. Richard a fréquemment posé, en thérapie de groupe des demandes de contact. Pendant longtemps, une fois cette demande satisfaite, il exprimait son insatisfaction, qui restait profonde, en disant : « C'est encore pire maintenant qu'avant.» Un peu comme si plus on donnait à l'abandonnique, plus le manque apparaît cruel.


- "S'attacher signifie pouvoir perdre" : c'est prendre le risque de l'abandon, si la personne investie se dérobe aux demandes. Trois mécanismes sont mis en branle par l'abandonnique : rompre, tester, conjurer sa peur en devenant l'agresseur. Ainsi une thérapeute nous rapporte les propos d'un enfant qui ne nouait aucune relation : lorsqu'elle lui demandait pourquoi, il répondait : « Pourquoi se faire des copains alors qu'on va se séparer ? » L'enfant ainsi se mettait hors de portée d'avoir à souffrir lors des séparations. Le père de cet enfant, du fait de son métier, changeait régulièrement de pays.

- "Le sujet se perçoit inexorablement mauvais". On peut faire l'hypothèse que le jeune enfant, introjectant la "mauvaise mère", devient lui-même mauvais, comme poursuivi par une malédiction qui le conduit à être "méchant" de façon inexorable. Il me semble que nous pouvons formuler autrement ce fantasme : le sujet ne peut pas être objet d'amour.

- "Le sujet construit en lui une image maternelle magique et toute puissante". A ceci s'ajoute une quête du passé très importante, quête d'un éden perdu, à retrouver. Ce mécanisme servirait à lutter contre les angoisses du vide de sa vie. Il lui faut collecter ses racines, les chercher sans cesse. La recherche de l'éden peut se jouer dans la vie quotidienne, dans une quête idéologique, dans une appartenance à une secte ou à des groupes plus ou moins fermés. A certains égards, les groupes thérapeutiques peuvent devenir des lieux permettant à cette quête de se fixer, avec un risque d'y rester.

- "Derrière le mythe de la mère idéale existent des désirs meurtriers". Claude Balier, concernant "la perte de l'objet", écrit : « L'angoisse de la perte de l'objet peut précipiter le sujet dans des comportements violents. Car ces comportements visent à dénier la dépendance vis-à-vis de cet objet. »


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Illustration : Deviantart

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